Aujourd'hui, 20 janvier 1909, je me résous, non sans trouble et non sans terreur, à écrire le récit exact de l'aventure. Je m'y résous parce que après demain, Je serais mort.
121212 Cela fait dix jours que j'ai été mis à la porte du journal, tel un cheval boiteux, pour, officiellement, mauvaise critique, officieusement, pour nuisance à la bonne réputation du patron, à la suite d'une mauvaise critique. Ce n'est tout de même pas de ma faute si les comédiens d'Edouard Bern jouaient comme des amateurs !
121212 Ce soir-là, j'étais allé me réfugier au bar de Marcel, et j'avais bu jusqu'à l'aube. J'étais rentré en titubant, et je m'étais couché. Le soir qui suivit, j'étais allé chez Jean, dans son tout nouveau bar, et il me sembla par la suite, que j'avais beaucoup trop bu. Je me perdis dans le dédale qu'était le centre d'Orléans. Tout était bizarre. Je sentais le vent me frigorifier le visage, pourtant brûlant. Je marchais. Toujours tout droit. Puis j'arrivai à la lisière d'un bois. Je ne connaissais pas ce bois. Et tout d'un coup, 'aperçus une lumière. Etrange lumière. Je courus dans sa direction, pensant que c'était un paysan qui aurait pu me ramener et ... la lumière s'arrêta. Une forme mystérieuse s'approcha de moi. Etait-ce une imagination fantastique? Je ne sais pas. "Elle" me parla. "Elle" me dit qu'Édouard Bern mourrait. Bientôt.
121212 Je me réveillai le lendemain matin, avec un mal de tête atroce. Je ne me souvenais plus comment j'étais rentré. Après mettre levé, j'étais allé prendre une douche et je me servis du café très fort. Quand soudain, quelqu'un frappa à la porte. J'allai ouvrir et un policier m'arrêta pour le meurtre du scénariste. J'étais accablé par cette nouvelle. Certes j'avais juré sa mort, mais jamais je n'avais eu l'intention d'accomplir de tels actes!
On me jugea dans l'après-midi, et je fus enfermé dans la soirée, pour meurtre avec préméditation. J'encourais une peine à perpétuité.
121212 Il y a sept jour, le lendemain de mon emprisonnement, je ne mangeais point. Je gardais les yeux rivés au plafond, à essayer de comprendre ce qui m'étais arrivé après mon évanouissement, mais impossible. Je n'y arrivais pas.
121212 Le soir, dans la pénombre de ma cellule, je crus voir cette lumière. La même lumière. Cette lumière qui trois jours plus tôt, m'avais prédit un meurtre. Elle était revenue. Revenue pour moi? Revenue pour quelqu'un d'autre? Je ne le savais. Mais elle était revenue. Cette-fois-ci, elle me prédit un nouveau meurtre. Le meurtre du juge Eugène, celui qui m'avait condamné. J'étais sûr à ce moment-là, que ce ne pouvait être moi, que j'allais être libéré !
121212 Je crus très fort à ma libération. Mais comme la première fois, j'étais tombé dans un profond évanouissement. Les gardes m'avaient réveillé, et m'avaient déféré au parquet, à nouveau. J'appris la mort du juge. On m'accusa, à nouveau ! Double meurtre. J'étais désemparé ! Je criais : " Ce n'est pas moi !C'est impossible ! Ce ne peut pas être moi ! " Mais personne ne m'écoutait. J'avais entendu un gardiens dire que ma cellule avait été trouvée ouverte. Et j'écopai d'une double perpétuité.
121212 Je passai cinq jours enfermé dans un cachot noir. La peur y régnait. L'effroi aussi. Chaque suintement qui touchait le sol me glaçait le sang. J'étais pétrifié. Je ne voulais plus revoir cette lumière. La peur me paralysait. Je ne dormis pas pendant ces cinq jours, tant l'angoisse était omniprésente. Une nouvelle apparition me faisait frissonner d'épouvante.
121212 Aujourd'hui, je fus remis dans ma cellule. La lumière revint, mais elle était sombre, opaque, plus lumineuse comme avant. Elle réchauffait le c½ur dans l'épaisseur de la nuit. Elle n'était pas noire. Mais pâle. Plus transparente et brillante. Elle m'annonça une autre mort. La mienne. Je ne savais pas si je devais y croire.
121212 Je voyais déjà les gros titres : "Un journaliste se suicide après avoir tué un scénariste réputé et un juge respecté." Je ferais le tour du monde ! Moi qui rêvait de voir New York ...